Le morceau
Un même chant revient plusieurs fois dans ce nocturne, chaque fois plus orné : une mélodie de main droite, souvent doublée en sixtes ou en tierces comme un duo, au-dessus d'une main gauche qui roule sans arrêt de larges accords brisés. Entre ces retours, la musique s'anime, monte vers des passages con forza puis appassionato, et se calme à nouveau. Cette version suit l'édition revue par Claude Debussy pour Durand en 1915.
La main gauche ne s'arrête jamais : des doubles croches qui s'étalent sur plus d'une octave, avec près de 200 sauts. Elle doit rester un fond liquide, jamais percussif ; travaille-la seule, le poignet souple, en reliant les basses à la pédale. À droite, la difficulté est de faire chanter la voix haute quand la main joue deux notes à la fois : le doigté des sixtes doit permettre de lier le dessus, même si la voix du bas se détache un peu. Les fioritures notées leggierissimo se placent sur le flux de la main gauche, en sentant où tombent les temps plutôt qu'en comptant chaque note. Les 54 notes répétées, elles, demandent un toucher égal et sans à-coups.