Le morceau
Un balancement à 6/8, presque de barcarolle, porte ce nocturne. Le premier thème avance en tierces et en sixtes à la main droite, par vagues qui montent et redescendent ; il alterne avec un second thème plus calme et plus chanté, posé sur des basses profondes. Plutôt qu'une forme en trois parties avec un centre agité, c'est ce va-et-vient entre deux climats qui organise la pièce, jusqu'à une fin apaisée en sol majeur. Le texte reprend l'édition originale de Breitkopf & Härtel.
Les doubles notes sont le cœur du travail : jouer des tierces et des sixtes égales et liées demande un doigté réfléchi, où les doigts 4 et 5 tiennent la voix haute pendant que le pouce glisse. Travaille-les d'abord sans pédale pour entendre chaque note des deux voix. L'armure n'a qu'un dièse, mais plus d'une note sur trois porte une altération : ce chromatisme rend la lecture plus exigeante que ne le laisse croire la tonalité. Le morceau couvre aussi une large étendue, d'un do très grave jusqu'au ré aigu, et ses 21 petites notes comme ses 7 accords arpégés doivent rester souples dans le balancement de la mesure.