Le morceau
Les deux nocturnes de l'opus 62 sont les derniers que Chopin a publiés de son vivant, en 1846. Le premier s'ouvre sur quelques accords arpégés, puis déploie un chant très lié dans une écriture où plusieurs voix se croisent, signe du Chopin tardif. Après une partie centrale plus mouvante, notée sostenuto, le thème revient transformé : il est presque entièrement tissé de trilles, comme si la mélodie vibrait d'un bout à l'autre.
Les 34 trilles sont la difficulté centrale. Ils doivent rester réguliers et doux, au service du chant, alors que la même main tient parfois une autre voix en dessous : travaille d'abord la ligne sans trilles, puis ajoute-les en commençant par un nombre fixe de battements. Les accords qui dépassent l'octave (jusqu'à 16 demi-tons) se jouent légèrement arpégés. Le morceau dure plus de six minutes et va d'un fa dièse grave jusqu'au fa aigu : tout l'enjeu est de garder une sonorité homogène sur cette étendue, et de ne pas laisser retomber la tension dans la partie centrale. Les cinq dièses de l'armure demandent une lecture attentive.